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Conditionnée à ne pas aimer

Je sais pas si tu te rappelles tes trips d’enfants. On en tous trippé sur quelque chose étant petit. Un film qu’on a regardé cinq mille fois de suite, au risque de transformer les adultes de notre entourage en dangereux psychopathes, des jouets qu’on voulait dormir avec tellement on les aimait, les dinosaures, les planètes, l’archéologie, whatever… On a tous buggué, comme un vinyle scratché, sur quelque chose au moins une fois.

Moi je trippais sur les chats. J’ADORAIS les chats. Dans le sens religieux du terme, j’entends. Je vénérais littéralement les chats, tous les chats. Il y avait un gros livre à la bibliothèque, le genre de livre qui te déboîte l’épaule quand tu le prends sur la tablette, parce qu’il est trop haut et ton bras est trop faible. Une espèce d’encyclopédie des chats, avec une grosse face de chat sur la couverture. Le livre était emprunté 365 jours par année, et sur la petite carte de prêt à la fin du volume, y’avait mon nom, sur 25 lignes.

Quand on devait faire « une recherche » en Français à l’école, mon sujet, année après année, c’était « le chat ». Et je recopiais même pas le travail de l’année précédente, tellement j’avais des affaires à raconter.

Quand j’étais petite fille, je demandais toujours deux affaires comme cadeaux : un Himalayen et un piano. Bien entendu si je les ai demandés année après année, c’est que je les ai jamais eus. Mais j’étais quand même chanceuse : bien que pauvres, on avait des chats à la maison. Je pouvais donc laisser libre cours à mon amour inconditionnel, au quotidien.

A force de faire des enfants « par accident » et de déménager dans de plus en plus grand pour de moins en moins cher, mes parents finirent par aboutir avec leur trois enfants dans une maison sur le bord d’un rang, devant un champ plein de purin de porc. Les voitures qui passaient roulaient à 90km/h, parfois plus, si bien qu’on avait pas le droit d’aller faire des tours de bicycle dans le rang.

Nos chats allaient crever les uns après les autres. D’abord le Chartreux qu’on avait avec nous depuis neuf ans et qui nous avait tous vu naître, retrouvé écrasé peu de temps après notre installation dans le rang. Puis les autres, coupés en deux par une trace de tire dans la rue, assommés dans le fossé, disparus et bouffés par les coyotes, ou pire, abandonnés par mes parents lors des déménagements suivants.

Au fur et à mesure que nos chats mourraient et qu’un nouveau prenait la place, notre famille de décomposait. De plus en plus d’engueulades, de larmes, de problème d’argent. Au fur et à mesure aussi, je commençais à moins aimer nos chats. J’avais peur quand un chaton arrivait dans la famille, je me demandais combien de temps il allait tenir. Je n’osais pas m’attacher à lui.

Puis vint un jour où ma soeur trouva un chaton avec la queue coupée, aveugle et blessé à la hanche, sous une voiture garée contre le trottoir. On le ramena à la maison, mais il fallut vite accepter que le plus beau cadeau à lui faire, c’était l’euthanasie chez le vétérinaire. Plusieurs semaines après, j’ai retrouvé un bout de sa queue sous le canapé, en passant l’aspirateur.

C’est en tenant ce petit bout de queue au dessus de la poubelle que j’ai constaté que je trippais vraiment plus sur les chats. Sans les détester non plus, ils me laissaient indifférente. J’avais arrêté de croire en ma religion féline.

On pourrait dire que j’étais alors devenue une adolescente, donc avec des passions d’ado, comme la musique, le magasinage et les beaux gars en 5e année du secondaire. On pourrait dire aussi qu’avec le divorce de mes parents, j’avais d’autres chats à fouetter qu’écrire des recherches sur mon animal préféré.

Mais par dessus tout, on pourrait dire que j’ai arrêté d’aimer les chats en même temps que j’ai arrêté d’aimer mes parents, et de la même façon – la rancœur en moins s’entend. J’ai été conditionnée au fil des ans.

Vingt ans plus tard, si j’ai réussi à me débarrasser de quasiment toute la colère que j’ai pu ressentir envers mes parents, j’ai toujours l’impression que mon amour pour eux est parti aux poubelles avec le bout de queue du bébé chat.

 

This is not about emotion

C’est compliqué les émotions. On peut avoir peur, être en colère et nostalgique, tout en même temps. Alors déjà que je les gère mal, si en plus je dois me les farcir toutes en même temps alors là je déclare forfait.

Je m’enferme chez moi, de toute façon il fait froid et moche dehors, je regarde des DVD et j’attends. Quoi je sais pas. Que ça passe. Ah et j’écris sur mon nouveau blog.

Les questions que l’on pose à une chômeuse (en ordre) :

- Alors, comment ça va ? ça avance les recherches d’emploi ?

- Tu as des projets ?

- Alors (avec une pause appuyée), comment tu occupes ton temps dis-moi ? Tu t’ennuies pas trop ?

 

Une bonne fois pour toute, histoire que ça soit bien clair pour tout le monde : JE ME FAIS CHIER.

Etre au chômage ça veut dire que le temps s’est arrêté à samedi, pour toujours. Le jour de la marmotte en mode pas drôle. En mode on peut pas se suicider comme dans le film, parce qu’en fait c’est le même jour qui recommence, mais cette fois-ci c’est uniquement pour l’héroïne de l’histoire. Le monde lui, il continue de tourner, il m’a juste oubliée sur le bas côté de la route.

Les vacances, c’est bien l’été, quand il fait beau, dans un pays lointain, avec des amis également en vacances. Quand Doudou part le matin pour le travail (ce mot fait sonner une cloche dans ma tête, comme le souvenir flou d’un rêve que j’aurais fait la nuit dernière, ça m’évoque un truc, mais quoi déjà…) que je lui fais un dernier bisou et que je referme la porte, j’ai envie de crever.

Les chômeurs sont les lépreux des temps modernes. Dans l’imaginaire collectif, on est dans la même case que les clochards, les gitans, les mères au foyer et les cancéreux. Non ? Pensez-y à deux fois avant de me soupirer « Rôôôh mais tout de suiiiiite !! ». Y’a ceux qui bossent, ceux qui font bosser les autres et ceux qui bossent pas.

Ces temps-ci j’essaie de me faire de nouveaux amis, parce que les miens sont retournés au pays après leur stage / ont eu un deuxième bébé / ont déménagé dans le sud / ne donnent plus de nouvelle depuis que j’ai quitté la boîte <– Veuillez rayer la mention inutile. 

La première question que l’on pose à une nouvelle rencontre : – Et sinon tu fais quoi dans la vie ?

Je ne suis rien. On nous définit par notre activité, time is money, et moi j’en rapporte pas.

Alors oui, quand en plus de tout ça, mon ex m’envoie des mails de menaces au lieu de faire comme tout le monde et claquer sa thune pour compenser le manque, je sature.

This is the hardest story that I’ve ever told (Mika – Happy ending)

Je sais pas quelle rupture est la plus difficile, celle avec mon ex-boyfriend, ou celle avec mon ex-boss. En tout cas les deux m’ont bien cassé les couilles, les deux m’ont humiliée, mentie, trahie. Les deux ne méritaient pas ma considération, ni tout le temps que j’ai perdu à essayer de les comprendre et de m’en faire aimer.

Non mais je vous l’ai dit, si toutes les émotions se pointent en même temps, moi je déclare forfait.

Il est né le nouveau blog

Un autre blog, encore un. Mais bon Guillaume m’a dit qu’il fallait écrire tous les jours. En plus je voulais me remettre à niveau point de vue informatique. Les deux ensemble ça donne un blog.

Alors je me présente déjà, je vous tend ma petite main rose et potelée, quelque part entre deux séries binaires. Enchantée, moi c’est Marie. J’aime la cuisine, l’informatique, et doudou. J’aime aussi la nature, même si je ne la vois pas souvent. J’aime casser les couilles des fois, mais la plupart du temps j’aime surtout aider les gens et contribuer à bâtir un monde meilleur. Oui, si je n’étais pas si gourmande j’aurais pu être Miss France. Ou Miss Canada plutôt ( je suis immigrée aussi).

Voilà, so long pour les présentations, je vais aller jeter un coup d’oeil au menu administrateur parce que là j’ai vraiment pas l’impression de maîtriser.

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